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Le projet Carbone de Simon De Muynck, soutenu par Innoviris Experimental Platform (2021-2023)

Publié le 8 janvier 2021 Mis à jour le 8 janvier 2021

Le projet Carbone est un projet de développement expérimental financé par l'appel à projets Experimental Platform d'Innoviris (2021-2023). ULB-Louise va s'occuper des aspects techniques et opérationnels de la transition de ce système sociotechnique complexe. Geoffrey Grulois supervisera le projet avec l'aide d'un chercheur invité.

Le projet Carbone entend expérimenter des techniques de recircularisation de tous les flux de déchets verts (feuilles, pelouses, branchages, gros bois) au sein de plusieurs administrations communales et régionale de la région bruxelloise.

1. Des enjeux et problématiques régionaux complexes


Le projet Phosphore (Innoviris Co-create 2017-2020) a fait émerger une série d’enjeux territoriaux dont un des principaux concerne la contamination en plastiques des déchets verts[1] des ménages (Kampelmann 2016) et surtout l’export des déchets verts des administrations communales et régionales et les coûts environnementaux et financiers associés (Ecores et al. 2015 ; De Muynck et al. 2017 ; 2018 ; De Muynck 2018).

De manière très schématique, le régime sociotechnique (Geels 2002, 2011 ; Geels & Schot 2007, 2010) des déchets verts peut être résumé de la manière suivante :

- Les déchets verts des ménages (entre 10.000t/an et 15.000t/an) sont collectés en sacs verts et envoyés à Bruxelles compost (Forest) qui les broie, tamise et revend en partie à des agriculteurs[2] et des professionnels de jardin. Ce compost de très faible qualité est très probablement contaminé en micro plastiques (Weithmann et al. 2018) ce qui pose des enjeux de santé publique nouveaux inquiétants (Lithner et al. 2011 ; Wright et Kelly 2017 ; Machado et al. 2018 ; Ebere et al. 2019 ; Zhang et al. 2019) qui n’avaient jamais été révélés jusqu’alors[3].

- Les déchets verts purs (non contaminés en plastiques) des administrations communales et régionales (Bruxelles Environnement, Bruxelles Mobilité) ne vont quasiment plus à Bruxelles-compost (sauf ceux de Koekelberg et Anderlecht) : ils sont ramassés dans des conteneurs par de grandes entreprises privées (Renewi, Suez, Vanpachtenbeke etc.) et sont exportés en dehors de la région, dans des lieux encore inconnus, mais très probablement dans des unités industrielles de compostage des Brabants wallon et flamand notamment, semblables à Bruxelles-Compost (De Muynck 2018). Leurs déchets verts de voirie (feuilles mortes etc.) sont quant à eux collectés comme des déchets tout-venants et largement envoyés à l’incinérateur (Bruxelles-Energie).

- Les déchets verts purs (non contaminés en plastiques) des centaines de professionnels de jardins actifs en région bruxelloise sont pour partie amenés en camions/camionnettes à Bruxelles Compost. Les autres professionnels de jardins interrogés déclarent exporter leurs déchets en dehors de la région pour des raisons de coût et de logistique[4]. Ces mêmes professionnels de jardins achètent souvent ensuite le compost produit par Bruxelles-Compost (tout comme certaines communes bruxelloises) et le déversent dans les terres bruxelloises et périphériques (De Muynck 2018).

Les premières investigations portant sur les acteurs en présence (administrations régionales, communales et petits professionnels de jardins indépendants) révèlent des faits inquiétants pour la région bruxelloise qui nécessitent de manière urgente une transition de régime importante :

- les administrations communales paient entre 20.000 euros/an et 70.000 euros/an uniquement pour l'export de leurs déchets verts. A cela, il faut ajouter :

- les coûts d'achat de copeaux de bois et de terreau : entre 10.000 euros/an et 15.000 euros/an/commune mais aussi ;

- le transport pour certaines administrations qui conduisent elles-mêmes leurs déchets (Anderlecht, partenaire du projet dépense à elle-seule plus de 250.000 euros/an pour cette seule étape) ;

- pour les administrations régionales, les coûts sont encore plus importants puisque liés notamment aux superficies importantes à gérer : Bruxelles Mobilité, partenaire du présent projet déclare : « tous les travaux d'entretien et d'aménagement de nos espaces verts sont confiés à des prestataires externes selon la loi des marchés publics. Nous fonctionnons avec un budget de +/- 18.000.000 d’euros/an TVAC ».

Ceci signifie que, parce que les administrations communales et régionales ne maîtrisent pas la valorisation in situ de leurs ressources végétales au travers de pratiques innovantes de recircularisation (mulching, paillage, collecte, broyage, compostage décentralisé hybride, redistribution en bien commun, valorisation locale productive) - elles participent :

- à un gaspillage énorme d'argent public en cours depuis des dizaines d'années. Sur dix ans, on estime que chaque commune dépense au moins 500.000 euros (fourchette très basse) pour in fine (faire) exporter hors de son territoire ses déchets verts - qui ne sont des déchets que parce que des sociétés privées ont décidé qu'ils étaient des déchets.

- Le mélange de leurs ressources végétales pures à des déchets verts ménagers qui sont contaminés en plastiques.

- Des flux logistiques insensés (AA, professionnels de jardins) alimentant des unités de compostage de déchets verts désuètes et pour certaines polluantes.

Le projet Carbone entend expérimenter des techniques de recircularisation de tous les flux de déchets verts (feuilles, pelouses, branchages, gros bois) au sein de plusieurs administrations communales et régionale de la région bruxelloise. Il s’agit pour ces acteurs, par un cycle itératif d’expériences, évaluations, et ajustements successifs, de reprendre en main la collecte et le traitement de leurs déchets verts en vue d’une écologisation de leurs pratiques sociotechniques et d’une transition dirigée quiconcerne donc tout à la fois des enjeux environnementaux, sociaux, économiques/financiers, de gouvernance et juridiques. Ces derniers peuvent prendre la forme d’objectifs :

1. Environnementaux : 1.1. Diminuer les trajets en camions ; 1.2. Cesser la contamination en micro plastiques de terres belges ; 1.3. Enclencher de pratiques régénératives des sols/recréer de la terre 

2. Sociaux : 2.1. Revaloriser de profils de fonction peu attractifs ; 2.2. Créer des nouveaux profils de fonctions attractifs

3. Economiques : 3.1. Diminuer les dépenses des administrations pour la collecte et le traitement des DV ; 3.2. Diminuer les dépenses logistiques des petits professionnels de jardins ; 3.3. Activer des activités économiques locales 

4. Gouvernance : 4.1. Activer d’alliances nouvelles entre acteurs internes et externes

5. Juridiques : 5.1. Créer des poches juridiques de bien commun


2. Des espaces d’expérimentation diversifiés et représentatifs

L’environnement test de Carbone est de manière générale constitué des espaces verts de la région bruxelloise – et plus précisément des espaces verts des partenaires living labs. Carbone entend tester des pratiques de recircularisation des quatre flux de déchets verts identifiés dans lieux tests pour chaque administration concernée – souvent, les sites d’expérimentations ont été définis durant la phase de co-construction du dossier, voir supra. Les espaces d’expérimentation des quatre administrations communales (AAC) et de l’administration régionale (AAR) - ont été sélectionnéspour être variés et représentatifs d’autres territoires bruxellois dans une logique de transmission de résultats en fin de projet, une fois les expérimentations stabilisées.

Pour le partenaire régional Bruxelles Mobilité, il a été choisi de travailler sur des espaces régionaux représentatifs des espaces gérés : nous expérimenterons avec les services et le sous-traitant des techniques de tontes en mulching d’espaces verts régionaux engazonnés et arborés qui représentent à peu près 80% des espaces verts de Bruxelles-Mobilité et présentant donc un potentiel immense de reproductibilité, mais aussi dans d’espaces verts régionaux engazonnés et non arborés représentant à peu près 20% des espaces verts de Bruxelles-Mobilité.


[1] Les « déchets verts » (ou déchets verts) désignent les déchets verts issus de la gestion des espaces boisés (feuilles, branchages, gros bois etc.) et les déchets verts issus de la gestion des espaces de pelouses (tonte de gazons, etc.). (Bortolotti et al. 2016 :4).

[2] Le compost vendu aux agriculteurs périurbains est donc fort probablement contaminé en microplastiques ce qui constitue une problématique importante de santé publique. (Weithmann et al. 2018).

« A partir de 2018, les sacs 60L biodégradables/compostables sont à 99,8% matière BASF et 0,2 masterbatch vert BIO : la part de biosourcé est de seulement ±10% - mais il n’y a plus de régénéré dans les sacs (pas d’économie circulaire avec la matière bio). » Communication personnelle de l’ABP (Confidentiel).

[3] Les dernières recherches démontrent que les microplastiques peuvent être transportés par des masses d’air jusqu’à près de 100km du point d’origine (Allen et al. 2019).

[4] Ils paient 65 euros/tonne à Bruxelles-Compost, ce qui est impactant sur les finances de ces petites structures, et le transport coûte également très cher, sans compter les nuisances corollaires liées à la mobilité

[5] bsa.Brussels, Bruxelles Mobilité ; Statbel (AG Documentation patrimoniale). Les surfaces imperméables sont souvent utilisées pour montrer, de manière inversée, la part des superficies en espaces verts de Bruxelles.

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