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Le Mot du Doyen
Faire architecture, faire Faculté
Entamer aujourd’hui un mandat de Doyen de la Faculté d’Architecture La Cambre Horta, c’est prendre la mesure de la richesse de ce qui s’y invente, s’y transmet et s’y construit.
Notre Faculté est d’abord faite de celles et ceux qui la font vivre. Elle réunit des étudiant·es, des enseignant·es, des chercheur·euses et des membres des équipes administratives, scientifiques et techniques. La diversité de leurs parcours, de leurs pratiques, de leurs savoirs et de leurs points de vue constitue l’une de ses forces les plus précieuses. Cette pluralité ne décrit pas seulement ce que nous sommes : elle nourrit ce que nous faisons. Elle fait de notre Faculté un lieu où l’architecture, l’architecture du paysage et l’urbanisme ne s’enseignent pas comme des savoirs figés, mais sont continuellement interrogés, mis en doute, déplacés et réinventés.
C’est de cette Faculté que je suis fier. Une Faculté qui ne se contente pas de transmettre des réponses déjà là, mais qui apprend à formuler les questions à partir desquelles il devient possible d’agir. Une Faculté où le projet d’architecture est à la fois une pratique de conception et une manière d’observer, de comprendre, de représenter et de transformer le réel. Une Faculté qui fait tenir ensemble la pratique et la recherche, l’histoire et la théorie, les techniques et les sciences humaines, l’expérimentation et la transmission.
Dans un monde traversé par de profondes transformations écologiques, sociales, économiques, politiques et sociotechniques, l’architecture ne peut plus être réduite à la seule production de bâtiments. Faire architecture peut signifier bâtir, bien sûr, mais aussi documenter, préserver, transformer, réparer, réemployer et prendre soin de ce qui existe. Cela peut consister à rendre visibles des situations, à organiser des relations, à soutenir des usages ou à imaginer d’autres manières d’habiter les territoires. Cela peut enfin nous conduire à nous demander s’il faut construire, comment construire autrement, ou comment faire architecture sans nécessairement produire davantage de bâti.
Cet élargissement ne diminue en rien l’exigence propre à notre discipline. Il l’accroît. Il nous oblige à comprendre plus finement ce qui fonde celle-ci, les milieux dans lesquels nous intervenons, les ressources que nous mobilisons et les conséquences de nos décisions. Il nous invite aussi à ouvrir la formation que nous proposons à la pluralité des pratiques et des métiers de l’architecture.
Ces questions traversent déjà notre Faculté. Ses enseignements, ses ateliers de projet, ses recherches, ses publications, ses expositions et ses projets produisent des savoirs et des formes de pensée d’une grande qualité. Nombre d’entre eux expérimentent de nouveaux formats, déplacent les cadres habituels ou s’attachent à des réalités encore peu visibles. Ce qui s’y tente mérite d’être soutenu, partagé et mieux reconnu, au sein de notre communauté comme au-delà.
La responsabilité de la nouvelle équipe décanale sera de ménager les conditions de cette ambition : préserver et élargir le pluralisme pédagogique et scientifique, soutenir les initiatives, favoriser les rencontres entre enseignement et recherche, et rendre plus visibles les productions de la Faculté. Il s’agira moins d’imprimer une orientation unique que de permettre aux expertises présentes de se déployer, de dialoguer et de se renforcer mutuellement.
Cette ambition n’a de sens que si elle est collective. Faire Faculté ne va pas de soi. Cela demande du temps, de l’attention, du dialogue et une reconnaissance réelle de la contribution de chacune et chacun. Notre administration, par exemple, n’est pas un simple support de nos activités : elle contribue pleinement à les rendre possibles et porte une connaissance essentielle de l’institution. Les enseignant·es et chercheur·euses font, quant à eux et elles, vivre au quotidien le projet pédagogique, scientifique et culturel de la Faculté, par leurs enseignements, leurs recherches, leurs pratiques, mais aussi par leur capacité à expérimenter et à faire évoluer collectivement nos manières de former à l’architecture. La qualité de nos enseignements et de nos recherches dépend aussi des conditions concrètes dans lesquelles toutes et tous travaillent, enseignent, cherchent ou apprennent.
Les étudiant·es occupent une place singulière et essentielle. Leur passage dans la Faculté est, par définition, temporaire ; leur contribution à ce qu’elle est ne l’est pas pour autant. Par leurs engagements, leurs projets, leurs questions, leurs usages des lieux comme leurs manières de mettre à l’épreuve les enseignements qui leur sont proposés, ils et elles participent pleinement à sa vie et à sa transformation. Celle-ci doit, en retour, leur offrir bien davantage qu’un cadre de formation : un milieu dans lequel se former à l’architecture, bien sûr, mais aussi construire un regard, exercer une pensée critique, prendre position et agir en citoyen·ne, attentif·ve aux mondes auxquels ses choix contribuent à donner forme.
Au moment d’entamer ce mandat, mon souhait n’est donc pas de réinventer la Faculté, mais de donner un nouvel élan à ce qu’elle rend déjà possible. Soutenir celles et ceux qui expérimentent et ouvrent des voies nouvelles. Défendre sa diversité, ses exigences et sa liberté critique. Et continuer, collectivement, à faire de notre Faculté un lieu où l’on apprend à concevoir, à regarder autrement, à questionner ce qui semble aller de soi et à imaginer ce que l’architecture peut être et ce qu’elle peut encore accomplir.
À toutes celles et tous ceux qui rejoindront, traverseront ou accompagneront la Faculté, je souhaite adresser une invitation ouverte : celle de prendre part à une communauté de savoirs, de pratiques et de débats. Que chacun·e puisse y trouver sa place, y voir son travail et ses initiatives reconnus, et découvrir ce qui s’y enseigne, s’y cherche, s’y expérimente et s’y construit. Faire Faculté, c’est aussi cela : faire place, créer des liens et construire ensemble un lieu vivant, ouvert et partagé.
Jean-Didier Bergilez
Septembre 2026