Publié le 4 novembre 2026 – Mis à jour le 4 novembre 2026

La promotion 2026 porte le nom de Jeanne Van Celst, figure pionnière de l'architecture en Belgique. À une époque où l'accès des femmes à la profession était encore exceptionnel, elle devient architecte sans être passée par une école d'architecture.

Jeanne Van Celst (1889-1983), architecte hors des sentiers académiques

La promotion 2026 de la Faculté d’architecture La Cambre Horta porte le nom de Jeanne Van Celst, figure pionnière de l’architecture en Belgique. Son parcours est singulier : à une époque où l’accès des femmes à la profession était encore exceptionnel, elle devient architecte sans être passée par une école d’architecture.

Donner son nom à la promotion 2026 invite ainsi à interroger ce qui fait un·e architecte. Au moment où les étudiant·es achèvent leur formation universitaire, son parcours rappelle que le diplôme marque une étape essentielle, mais que l’apprentissage de l’architecture se poursuit bien au-delà de l’école : dans la pratique, l’expérimentation, la transmission et l’expérience.

Née à Saint-Gilles en 1889, Jeanne Van Celst exerce l’architecture à une époque où les femmes sont encore largement absentes de la profession. Sa formation demeure aujourd’hui mal documentée. On sait cependant qu’elle ne fréquente aucune école d’architecture et n’obtient aucun diplôme dans cette discipline. Elle se serait formée directement par la pratique, auprès d’architectes en activité et probablement aux côtés de Charles Emonts, diplômé de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, qu’elle épouse en 1916. Le couple s’installe à La Louvière en 1923 et développe une pratique commune de l’architecture.

En 1925, Jeanne Van Celst pose sa candidature à la Société centrale d’architecture de Belgique (SCAB). Parrainée par deux de ses membres, elle est admise comme membre correspondant. L’événement est remarquable : aucune femme n’avait encore intégré la SCAB en qualité d’architecte. Cette reconnaissance professionnelle intervient donc sans que Jeanne Van Celst ait suivi le cursus académique qui constitue aujourd’hui la voie habituelle d’accès à la profession.

En 1926, la revue L’Émulation, publiée par la SCAB, lui consacre un article au titre révélateur : Une femme architecte. Il présente notamment un café réalisé à Houdeng-Goegnies et explicitement attribué à Jeanne Van Celst. Il s’agit vraisemblablement du premier bâtiment publié dont la conception soit attribuée à une femme architecte en Belgique. Le vocabulaire employé dans l’article témoigne des stéréotypes de genre de son époque, mais sa publication rend aussi visible, pour la première fois, une femme reconnue comme architecte par ses pairs.

Sa carrière se poursuit en collaboration avec Charles Emonts. Ensemble, ils participent notamment, en 1927, au concours international pour le Palais de la Société des Nations à Genève, dont le jury est présidé par Victor Horta. Leur projet est ensuite exposé au musée du Cinquantenaire et reçoit une prime d’encouragement de la Commission des Beaux-Arts du Hainaut. En 1930, ils exposent également au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles. Après la Seconde Guerre mondiale, le couple revient à Bruxelles et s’installe à Woluwe-Saint-Pierre. Jeanne Van Celst exerce alors comme architecte au ministère des Travaux publics. Elle meurt en 1983.

Le parcours de Jeanne Van Celst est ainsi doublement singulier. Femme dans un univers presque exclusivement masculin, elle est aussi une architecte formée en dehors de l’école, dont les compétences ont été acquises par l’expérience avant d’être reconnues par la profession.