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OOT - Out of Town
LESSONS IN GIDDINESS: EINSTEIN TELESCOPE
OOT (Out-of-Town) is dedicated to investigating the relationships between resource consumption, the built environment, and the socio-ecological imbalances these processes reproduce, particularly between urban and rural territories. If more just and sustainable, non-extractive material regimes are to emerge, spatial research must be capable of questioning the epistemological traditions within which it has developed. These traditions have often been marked by a form of “resource amnesia” (Avermaete, 2025) and a profound lack of awareness regarding both the material resources that sustain our world and the very categories through which resources are defined and understood (Bridge, 2009).
This year’s title is borrowed from Jules Verne’s novel Journey to the Centre of the Earth: before descending into the depths of the earth, Axel must first take “lessons in giddiness”, learning to confront and overcome vertigo. The expression might be borrowed from John Playfair, a Scottish scientist who, in the biographical account of the father of modern geology, James Hutton, wrote an eloquent, oft-quoted description of a boat trip to Siccar Point in 1788: “The mind seemed to grow giddy by looking so far into the abyss of time.”
Here the vertigo refers, beyond the physical sensation, to the experience of being confronted with depths, scales, and temporalities that exceed ordinary perception. Actually, the exploration of hidden worlds, whether through Jules Verne’s fictional journeys beneath the Earth's surface or the scientific investigation of the oceanic abyss, reminds us that the limits of knowledge are often products of the limits of perception. These uncommon environments act as mirrors of our own epistemological boundaries, while each expedition into the unknown reveals previously unseen species, ecosystems, and forms of interaction.
In a similar vein, this year (in collaboration with UHasselt) we propose to use the Einstein Telescope, and the prospect of its construction in the Three-Country Region spanning Liège, Maastricht, and Aachen, as a point of entry into an exploration of what remains largely invisible within contemporary spatial practice: the depths of our Earth and their unexpected articulations on the surface we inhabit or the air that we breath. Rather than treating the telescope solely as a scientific megaproject, we approach it as an opportunity to uncover ecological, geological, and territorial relations that have become increasingly obscure precisely because they have grown more invisible: gravitational fields, digital infrastructures, energy flows, climate models, logistical networks, regulations, and geological memories. How can architecture engage with all that? By activating modes of attention that multiply instead of reducing this world, taking into account in order to make count, we hope to become capable of imagining alternative spatial futures, different ways of building and inhabiting.
(*) The Einstein Telescope is a proposed European research infrastructure designed to detect gravitational waves. The project envisions a triangular underground observatory with three 10-kilometre-long arms located approximately 300 metres below ground.
LEÇONS DE GOUFFRE : EINSTEIN TELESCOPE
OOT (Out-of-Town) se consacre à l’étude des relations entre la consommation de ressources, l’environnement bâti et les déséquilibres socioécologiques que ces processus reproduisent, en particulier entre territoires urbains et ruraux. Si l’on souhaite voir émerger des régimes matériels plus justes, durables et non extractivistes, la recherche spatiale doit être capable de remettre en question les traditions épistémologiques dans lesquelles elle s’est développée. Ces traditions ont souvent été marquées par une forme d’« amnésie des ressources » (Avermaete, 2025) ainsi que par une profonde méconnaissance des ressources matérielles qui soutiennent notre monde et des catégories mêmes à travers lesquelles les ressources sont définies et appréhendées (Bridge, 2009).
Cette année, le titre de l’atelier est emprunté au roman de Jules Verne Voyage au centre de la Terre (1864). Avant de pouvoir s’enfoncer dans les profondeurs terrestres, Axel doit d’abord suivre des « leçons de gouffre », apprenant ainsi à affronter et à maîtriser le vertige. L’expression pourrait elle-même être un écho à John Playfair, philosophe écossais qui, dans son récit biographique consacré à James Hutton, père de la géologie moderne, a laissé une description devenue célèbre d’une visite à Siccar Point en 1788 : « L’esprit semblait pris de vertige en regardant si loin dans le gouffre du temps. »
Le vertige, au delà de la sensation physique, désigne l’expérience de la confrontation à des profondeurs, des échelles et des temporalités qui excèdent nos modes ordinaires de perception. En effet, l’exploration des mondes cachés, qu’il s’agisse des voyages fictionnels de Jules Verne dans les profondeurs de la Terre ou de l’investigation scientifique des abysses océaniques, nous rappelle que les limites de la connaissance sont souvent le produit des limites de la perception. Ces environnements hors du commun agissent comme des miroirs de nos propres frontières épistémologiques, tandis que chaque expédition dans l’inconnu révèle des espèces, des écosystèmes et des formes d’interaction jusqu’alors insoupçonnés.
Dans le prolongement de cette réflexion, cette année, en collaboration avec l’UHasselt, nous proposons d’utiliser le Télescope Einstein, ainsi que la possibilité de son implantation dans la Région des Trois Frontières entre Liège, Maastricht et Aix-la-Chapelle, comme point d’entrée vers l’exploration de ce qui demeure largement invisible dans les pratiques spatiales contemporaines : les profondeurs de la Terre et la manière inattendue de s’articuler avec la surface que nous habitons ou l’aire que l’on respire. Plutôt que de considérer ce télescope comme un simple mégaprojet scientifique, nous l’abordons comme une occasion de mettre au jour des relations écologiques, géologiques et territoriales méconnues, parce que de plus en plus invisibles : champs gravitationnels, infrastructures numériques, flux énergétiques, modèles climatiques, réseaux logistiques, normes, mémoires géologiques. Comment l’architecture peut-elle s’engager avec tout cela ? En cultivant des modes d’attention qui enrichissent le monde au lieu de l’amincir, qui prennent en compte pour faire compter, nous espérons devenir capables d’imaginer des futurs spatiaux alternatifs, d’autres manières de construire et d’habiter.
(*) Le Télescope Einstein est une infrastructure de recherche européenne en projet destinée à détecter les ondes gravitationnelles. Le projet prévoit la réalisation d’un observatoire souterrain triangulaire, composé de trois bras de 10 kilomètres de longueur et situé à environ 300 mètres de profondeur.
View of the Bedretto Underground Laboratory, excavated within the Alpine massif.
Vue du laboratoire souterrain de Bedretto, aménagé dans le massif alpin.
https://www.wernersiemens-stiftung.ch/en/projects/bedretto-underground-lab
Dates
Créé le 12 septembre 2022